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Hommage à notre consoeur Nathalie Muller

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Je veux dire ici en ma qualité de bâtonnier toute l'estime et l'affection que les confères et en particulier ceux du barreau des Hauts-de-Seine, portent à Nathalie Muller.

Les avocats sont une grande famille, et à l'intérieur de cette famille, nous avons ce don particulier de reconnaitre ceux qui, par leur candeur et leur altruisme, parviennent à inscrire leur vie professionnelle dans une authenticité qui force l'estime et le respect de tous.

Nathalie Muller fait partie de ces avocats qui sont l'honneur de notre profession et tous les messages de soutien que j'ai reçus comme bâtonnier le confirment.

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Nathalie Muller est une enfant de 1948.

Non pas qu'elle soit « née » en 1948, mais indiscutablement, c'est une enfant de la Déclaration universelle des droits de l'Homme qui - après-guerre - a créé l'universalisme de la défense.

« Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial, qui décidera, soit de ses droits et obligations, soit du bien-fondé de toute accusation dirigée contre elle ».

Désormais, chaque peuple, chaque culture, étaient invités à reconnaître qu'on ne pouvait juger sans témoin ni défense.

C'est aussi à partir de 1948 qu'apparurent dans les procès politiques la présence d'avocats de tierces nationalités pour surmonter les menaces que subissaient les avocats locaux.

Des missions nouvelles prirent corps :

missions d'observateurs internationaux,
ou avocats à la barre, chaque fois que cela était possible.

Ce souffle nouveau de l'universalisme fit admettre le principe d'une défense multiple, ni plus exclusivement nationale, ni plus exclusivement corporative.

 

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Nathalie Muller a su s'emparer de ce souffle et de cet universalisme nouveaux.

Elle fait partie de ces avocats « soldat » qui ont effectué de multiples missions destinées à assister des avocats menacés dans l'exercice de leurs fonctions : Turquie, Cambodge, Vietnam, Tunisie, Burundi, Kurdistan.

Chaque fois, il lui fallait partir dans l'urgence. Elle n'a ménagé ni sa santé, ni sa fatigue.

On pouvait toujours compter sur elle.

Au sein de la Commission Droits de l'Homme du barreau, elle s'est investie avec passion auprès des demandeurs d'asile et plus récemment pour réformer le fonctionnement de la Cour Nationale du Droit d'Asile.

Elle s'est également investie pour défendre le rôle de l'avocat devant la Commission disciplinaire en milieu carcéral, et d'une manière générale, chaque fois que notre indépendance était menacée.

Elle était par ailleurs un soutien très actif « d'Avocats Sans Frontières ».

Nathalie, vous étiez une femme de convictions. Vous agissiez toujours selon vos valeurs et votre éthique. Vous nous laissez en héritage une ardente obligation qui pèse également sur les barreaux qui doivent à leur tour relayer des actions éducatives en matière de droits de l'Homme :

défense de la mémoire,
contribution historique à l'autocritique, voire à la repentance.

Madame, chers confrères, c'est une identité moderne de l'avocat que Nathalie Muller a façonnée sous nos yeux et son destin l'a conduite dans beaucoup d'endroits où le rôle et la place de l'avocat étaient à inventer.

Nathalie était de la substance de ces femmes de robe qui ont su mettre leur talent au service de l'Indignation et la Dénonciation des injustices, qualités essentielles de l'avocat.

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Nathalie, dans la peine qui est la nôtre, notre seule source d'apaisement est que vous allez rejoindre votre mari tant aimé, Albert SARALLIER, et vous unir à lui à nouveau, dans l'éternité de l'Amour.

Alors, Bon Voyage, et soyez assurée que notre barreau va s'attacher à perpétuer votre mémoire.

Je voudrais terminer par un message que j'ai reçu hier de l'un de nos confrères de notre barreau :

« Nathalie a toujours œuvré pour le bien de tous et des plus démunis.

C'était une véritable altruiste. Que Dieu ait son âme.

Je la revois encore sur son Vélib pour de petits trajets me saluer d'un revers de la main, alors que je me rendais au théâtre.

Jamais je n'aurais pensé qu'elle ferait si tôt le Grand Voyage.

Avec sa disparition, le barreau des Hauts-de-Seine et la profession perdent une avocate de qualité et une femme exceptionnelle ...

Avec toute ma sympathie, ma tristesse et ma vive émotion ».

 

Jacques Taquet

Bâtonnier